Sophie Bramly lance Second Sexe

Paru dans Sensuelles October 2007

A 48 ans, Sophie Bramly, séparée et maman de 2 enfants, a décidé de se lancer un nouveau défi : l'ouverture d'un site destiné à éveiller ou combler la sexualité féminine : bienvenue sur Second Sexe.

Portrait d'une femme bien décidée à expliquer aux femmes que le culte de la performance n'est pas la route à suivre !

Quel métier rêviez-vous de faire enfant ?


J'ai longtemps cru que je serais avocate, je détestais profondément l'injustice. Mais je passais mon temps à lire et à dessiner.

Quelles études avez-vous faites ?

J'ai fait des études d'arts graphiques (ESAG-  Penninghen), poursuivant mon envie de dessiner.


Quel fut votre premier job ?

J'ai eu une chance folle (et heureusement, je ne l'ai compris que beaucoup plus tard). Je voulais travailler à la maquette du journal Photo, mais je me suis emmêlée les pinceaux dans mon rendez-vous et j'ai vu le rédacteur en chef au lieu du directeur artistique. Il a fait un article sur mes photos et m'a envoyée d'une part à Paris-Match où pendant un an, j'ai fait des photos d'actrices et d'autre part à Beaubourg, où j'ai participé à une exposition sur l'autoportrait.

Je venais d'avoir 20 ans.

Votre parcours ensuite ?

Mon parcours est entièrement guidé par le hasard.

A 21 ans, je suis partie vivre à NY, c'était les débuts du rap, qui n'intéressait personne au-delà du Bronx. Je me suis prise de passion pour ce mouvement et pendant 3 ans, j'étais devenue le Bernard Palissy de la photographie, jusqu'à ce que les médias européens s'emparent du phénomène.

Je suis rentrée en Europe (dans l'idée que ce serait provisoire) et j'ai vendu photos et articles à The Face, Elle, Wiener, etc... et parallèlement, j'étais conseillère artistique de l'émission Hip-Hop sur TF1. J'ai enchainé à la production de Sex-Machine sur les Enfants du Rock puis TV6, où je produisais une émission quotidienne, abandonnant définitivement la photo.

Lorsque TV6 a fermé ses portes, on m'a demandé d'aller à Londres monter la chaine MTV Europe. J'y suis restée 4 ans comme directrice des relations artistes et productrice de plusieurs émissions hebdomadaires, dont l'émission "Yo! MTV raps" (que je présentais également). 

J'ai quitté la chaine en 1991 pour rentrer en France. Je suis devenue directrice marketing chez Universal Music (à l'époque PolyGram), en espérant que ce serait provisoire.

En 1994, j'ai découvert Internet, qui était comme la somme de tout ce que je savais faire. En 1996, j'avais fait un premier site pour Barclay (primé au Japon) et en 1999, je suis devenue directrice des nouveaux médias. Nous avons monté plusieurs gros sites, dont en particulier la première plateforme de téléchargement légale en Europe.

L'Idée de Second Sexe vous est venue quand ?

En aout 2006, j'étais en  vacances avec mes enfants et ma fille de 6 ans à l'époque m'a posé des questions sur la sexualité qui m'ont amenée à réfléchir au sujet. J'ai été stupéfaite de constater comment Internet, si riche en proposition sur la sexualité des hommes, ne proposait pas grand chose pour les femmes.

J'ai donc commencé à réfléchir à un site dans lequel on pourrait à la fois trouver des réponses aux questions que nous nous posons toutes, un lieu de déculpabilisation et aussi un espace d'éveil pour la libido, qui peut être en souffrance dans cette société de performance.

Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?

L'idée est devenue obsessionnelle, je n'arrivais pas à me dire qu'il n'était pas raisonnable de monter une société à 47 ans et de quitter sur un coup de tête une société où j'étais depuis 15 ans. Il fallait que je le fasse, comme si tout à coup, il devenait de mon devoir d'aider les femmes sur ce terrain.

Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer le projet ?

J'ai été très vite soutenue par les femmes autour de moi, et l'idée à séduit les investisseurs. Cela aurait du aller vite, mais il y a eu des contretemps qui m'ont obligée à financer seule le site jusqu'à son ouverture. J'ai emprunté de l'argent autour de moi, connu quelques nuits blanches et eu des soucis avec les prestataires. Mais j'aurais été inquiète si les choses s'étaient passées simplement.


Quels ont été les avantages d'être une femme ?

Monter un site pour femmes sans être femme rendait le projet caduque! :-)

Les inconvénients ?

Je ne les ai pas encore identifiés.... :-)

Quelles ont été les réactions de vos proches ?

En dehors de la première réaction (on ne quitte pas son employeur comme ça), ils ont tous cru au projet. Je dirais même qu'il y a eu une telle unanimité sur le projet qu'aujourd'hui encore cela m'inquiète.

La date du lancement, vous vous en souvenez ?


Le site a partiellement ouvert le 19 septembre, la partie manquante ouvrant le 3 octobre.

Qu'avez vous ressenti ?

Je suis passée par un large registre d'émotions, car un site à ceci de particulier qu'on ne cesse de vouloir l'améliorer, il n'est jamais fini. Et puis il y a le regard des autres, qu'il soit tendre ou non...

Qu'est ce qui vous passionne le plus dans votre activité ?

J'adore apprendre, c'est ce qui me donne envie de me lever chaque matin. Chaque jour, j'apprends de nouvelles choses sur Internet, le monde du commerce ou celui du sexe. C'est en apprenant que je nourris mon imagination et c'est avec cette dernière que j'avance.

Comment parvenez-vous à concilier vie pro et vie privée ?


J'ai trouvé difficile autrefois d'être femme, mère de famille et au service d'une entreprise. Mais maintenant, il me parait plus aisé d'alterner le rôle de chef d'entreprise et celui de mère, pouvant facilement travailler  depuis mon domicile les semaines où j'ai la garde des enfants.

Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?

Je crois que c'est Simone de Beauvoir. En relisant Le Deuxième Sexe pour les besoins de mon projet, son intelligence, son érudition et surtout la force de sa pensée m'ont a nouveau subjuguée.

Celle qui vous tape sur les nerfs ?

Ségolène Royal. Ce n'est pas pour des raisons politiques, mais je ne pense pas qu'elle ait rendu service aux femmes  en reprochant aux autres candidats de l'attaquer sous le prétexte qu'elle est femme, empêchant ainsi toute riposte. Paradoxalement, j'ai trouvé cette attitude misogyne et perverse.

Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?


Je ne crois qu'en 2 ministères: l'éducation et l'économie. Si ces deux se portent bien,  tout le reste suit. Ma première mesure serait donc d'augmenter leurs budgets et leurs pouvoirs.

Quelle est votre devise ?

Mon verre d'eau est à moitié plein.

Appartenez-vous à des réseaux  ?

Je n'ai jamais été approchée par aucun réseau, je crois même que je me pensais électron libre,   et  maintenant que  mon activité est strictement féminine, je le regrette. 

Quels conseils auriez-vous à donner aux entrepreneuses ?

Il est à mon avis impossible de mener toutes les batailles de front. Il faut faire des choix et savoir modifier ses listes de priorités tout au long de la vie,  certaines choses sont possibles à certains moments mais pas à d

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