Aïda Moreau est une ex journaliste roumaine. Maman de 31 ans et femme au foyer depuis la naissance de sa seconde fille, il y a 4 ans, elle ne se résoud pas à l'image qui colle aux FAF, immanquablement coincées quelque part entre la serpillère et les moules à gateaux. Aïda, elle, a soif de culture, d'art et d'échanges. C'est la raison pour laquelle elle porte à bout de bras, Activ Aussi, une association vendéenne qui fait travailler les méninges de la femme au foyer !
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
Metteur en scène.
Quelles études avez vous faites ?
Journalisme et communication
Quel fut votre premier job ?
Attachée de presse dans une petite maison d’édition roumaine, j’étais encore étudiante à l’époque. C’était oh là là, il y au moins dix ans…
Votre parcours ensuite ?
TVR 1 ( télé publique roumaine), Ouest France à La Roche-sur-Yon, attachée de presse et chargée de com au Conseil Général de la Vendée ensuite. Et depuis quatre ans… femme au foyer.
Quels ont été les avantages d'etre une femme dans votre parcours ?
Je ne sais pas. Peut-être d’avoir des entretiens d’embauche plus détendus ?
Les inconvénients ?
Mon mari a un travail très prenant. Le mien l’était assez. Mais c’était moi la femme : j’ai donc arrêté de travailler quand j’ai eu des enfants.
L'idée de Activaussi vous est venue quand ?
Un soir d’hiver, il y a un an. Au début, je voulais seulement savoir qui était la femme au foyer d’aujourd’hui. Une mère de devoir à la Mme de Chateaubriand, ou une Teri Hatcher complètement débordée par des enfants turbulents ?
On l’imagine encore belle, aux allures de madone, derrière sa pile de linge. Souriante et aimante quel que soit la hauteur du tas de vaisselle dans l’évier, la longueur de la liste de courses ou le nombre de traces de doigts sur la baie vitrée du salon. Et puis un jour, on regarde une certaine série à la télé, et on se dit, « eh non, elle est au bord de la crise de nerfs ! ».
Qui est la FAF d'aujourd'hui? Je voulais le comprendre en rencontrant d’autres mamans.
Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?
J’ai donc rencontré d’autres femmes au foyer. Pas de panel représentatif, je ne suis pas sociologue ! Mais des filles comme moi, trentenaires et j’ai découvert très vite qu’il existe un réel isolement de la femme au foyer. Quelque soit le salaire du mari. Il y a bien évidemment beaucoup de femmes qui le vivent très bien. Mais j’ai surtout découvert que celles qui s’investissaient ailleurs que chez elles étaient les plus épanouies.
Et si elles le faisaient à travers une asso ? Une asso qui s'intéresse non pas aux loisirs créatifs mais aux sorties culturelles?
Je crois que lorsque nous sommes mère au foyer, plus les années passent, plus on se sent éloignée du monde « actif », de ses préoccupations, on lit moins, on a moins de sorties culturelles, nos activités tournent quasi uniquement autour de notre salle à manger, avec une sortie piscine pour les plus chanceuses. Avec nos copines on parle bébé, avec nos maris train train quotidien, les enfants vont à l’école et nous, nous tombons sous le charme des desperate housewives, car nous en sommes peut être en train d’en devenir une…
Voilà comment est né Activaussi un matin de l'hiver 2006..
Son bébé est né dans la foulée : le blog activaussi, une pause café, cool et sans prétentions, un "endroit" qui permet de nouer des liens et d'organiser des sorties ensuite.
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
Le manque de moyens. Je n’avais pas d’argent, je n’en ai toujours pas (trop fière ou trop bête pour ne pas avoir demandé des subventions ?).
J’organise deux sorties par mois et quand on n’a pas d’argent, il faut être deux fois –au moins !- plus dynamique et plus inventif. Mais on y arrive….
Ma dernière grande fierté : l’organisation du premier café littéraire vendéen, avec David Abiker. Toujours sans argent. Mais je voulais vraiment que ce soit une soirée sympa. Ca l’a été : plus de 80 personnes, c’était plein, des journalistes sciés, des questions bien, un David Abiker en pleine forme… Trois jours plus tard tout le monde me demande quand on remet ça…
Et puis aussi les femmes au foyer. Au début , c’était difficile de les faire sortir de chez elles, de leur faire rompre cet isolement dont elles se plaignent, mais qu’elles entretiennent… Je dirais presque : dans lequel elles s’enferment parfois toutes seules. C’était mon cas.
Quelles ont été les réactions de vos proches ?
Ma mère que j’ai tant déçu, a été fière de moi. C’est ma plus belle récompense. Avec les messages de sympathie de jeunes mamans qui me confient leur solitude et me disent que depuis qu’elles participent à nos rencontres, elles sont plus sures d’elles, plus confiantes..
La date de la création de l'association, vous vous en souvenez ? Qu'avez vous ressenti ?
J’avais un peu peur. Une asso culturelle pour les femmes au foyer… alors qu’elles s’intéressent plutôt aux loisirs créatifs… J’ai payé de ma poche les 40 euros d’insertion au Moniteur Officiel le cœur un peu serré…
Qu'est ce qui vous passionne le plus dans cette activité ?
Réussir autre chose que ma famille. En plus de ma famille…
ActivAussi vous a-t-elle ouvert de nouveaux horizons ou changé votre vie ?
Oui, je crois, mais c’est un peu trop tôt pour en parler…. Je vais l’annoncer bientôt sur mon blog…
Comment parvenez vous à concilier vie associative et vie de famille ?
C’est un peu –beaucoup ? – chaud ! J’ai deux jeunes enfants, 4 ans et seize mois, un mari débordé, et le ménage à faire…. Mais je me couche un peu plus tard le soir.
J’ai découvert, avec Activaussi, que lorsque l’on a vraiment la passion de réussir quelque chose, nous pouvons nous contenter de moins d’heures de sommeil. Ca paraît un lieu commun de dire cela , mais je vous jure que c’est vrai. Je me dope aussi au chocolat…
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Ma mère. Elle est écrivain, éditeur, femme politique, épouse, mère, grand-mère… je ne sais pas comment elle fait !
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Cecilia Sarkozy
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
Je vous la joue militante ? Une reconnaissance sociale pour la FAF ! Parce que la FAF n’est pas une Mme Bandy qui traîne son ennui du canapé à l’aspirateur en baillant sa vie, mais quelqu’un qui fait le sacrifice d’une vie, disons, plus intéressante par amour.
Je ne parle pas d’un revenu, mais la femme au foyer française n’a pas de couverture sociale, pas de retraite, elle est complètement dépendante de l’homme. Vous savez que l’on me trouve inconsciente parce que je ne prends pas une assurance vie pour mon mari ? Au cas où….
Tout ceci me paraît un peu vieillot. Pour rester gentille…
Quelle est votre devise ?
Je ne sais pas si j’en ai une.
Appartenez vous à d'autres réseaux / associations ?
Non, quand on est mère de famille, une c’est déjà beaucoup.
Quels conseils avez vous à donner aux mères aux foyer ?
N’oubliez pas vos rêves !
Rédigé par admin le 16 Octobre, 2007 - 11:13









