En 1996, Gisèle Rufer fonde l'entreprise Delance, une marque de montres pour femmes.
Elle a alors 50 ans.
Particularité chez Delance, tout est fait par des femmes, depuis la conception de la montre jusqu'à sa réalisation. Les textes sont écrit et traduits par des femmes, les photos, le site internet, le matériel publicitaire sont conçus par des femmes pour les femmes. Dans la chaîne il y a quelques hommes qui travaillent en tout respect et égalité et ceux-là nous voulont les garder.
Interview de cette française d'origine, mère de 2 enfants et grand-mère de 2 petits enfants, qui habite la Suisse depuis son enfance.
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
Vers quatre ans, je rêvais d’abord d’être cow beille qui était pour moi le féminin de cow boy. Quelle vie palpitante en perspective.
Puis après avoir lu des vies de saintes, je voulais être sainte. Devant l’énormité de la tâche, je suis devenue garçon manqué, prête à défendre toutes les causes. Lorsqu’une institutrice m’a surnommée Don Quichotte, je lui ai répondu que j’étais en fait Donna Quichotte.
Et puis j’ai trouvé mon nom d’artiste : Giselle Delance et je l’ai gardé en réserve.
Etre artiste, cela me permettrait de vivre toutes les vies.
Quelles études avez vous faites ?
Avant mes quinze ans, j’ai dû travailler dans le commerce de ma mère. J’y ai fait un apprentissage de commerce.
Quel fut votre premier job ?
J’ai secondé ma mère dans son commerce jusqu’à mon mariage à 22 ans. J’y ai appris énormément de choses et surtout à travailler douze heures par jour avec le sourire.
Votre parcours ensuite ?
Sitôt mariée, j’ai repris des études pour obtenir à 26 ans, l’équivalent du baccalauréat scientifique en Suisse. Entre-temps mes enfants sont nés en 69 et 71.
Puis j’ai fait une formation artistique et j’ai travaillé jusqu’à 36 ans comme assistante à l’université et comme enseignante artistique au niveau secondaire.
A 36 ans, j’ai commencé un cycle d’études à l’école d’ingénieurs et j’en suis sortie à 40 ans avec un bon diplôme, seule femme de la volée.
A 40 ans, j’ai été engagée par le Swatch group pour lancer les montres Flik Flak.
Quelles ont été les avantages d'être une femme dans votre parcours ?
Mon mari m’a nourri sans problème puisque c’est moi qui faisait à manger et tout le reste à côté. Notre subsistance était donc assurée.
Et puis j’ai cette capacité que l’on reconnaît aux femmes de savoir tout faire et de pouvoir le faire en parallèle vite et bien.
Mon sens de la communication m’a permis d’obtenir des résultats incroyables.
Les inconvénients ?
Parce que j’étais une jolie femme, on ne me prenait pas au sérieux et cela m’exaspérait. J’avais toujours le besoin de prouver que j’étais intelligente et bonne, même la meilleure. Maintenant, à 61 ans lorsqu’on me dit que je suis belle, je l’accueille avec plaisir et je me moque du jugement des autres quant à mes capacités.
L'idée de montres faites par des femmes pour des femmes vous est venue quand ?
Alors que je lançais les montres Flik Flak, j’ai constaté en sillonnant le monde et les bijouteries que les montres pour femmes ne me convenaient pas.
J’avais du mal à m’imaginer porter une montre qui symbolise un tank, instrument de mort ou l’une de ces énormes montres faites pour les hommes et qui vous donnent mal au poignet tellement elles sont lourdes. Encore moins ces petites choses mignonnes et frivoles faites pour les dames par des messieurs. Et puis, si elles comptent le centième de seconde, à quoi cela me sert-il, moi qui n’ai pas une seconde à perdre à mesurer le temps.
Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?
Il fallait que je crée la montre qui corresponde au temps des femmes, au talent des femmes, aux valeurs des femmes, aux rêves des femmes. Et puisque les grandes entreprises horlogères que j’ai contactées ne s’y intéressaient pas, je l’ai fait moi-même.
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
Mes propres peurs en premier puis le scepticisme des banques et des professionnels qui ne croyaient pas que les femmes pouvaient désirer quelque chose de différent de ce qu’ils leur offraient.
Quelles ont été les réactions de vos proches ?
Mon mari, mes enfants et la famille de mon côté m’ont encouragée et même prêté de l’argent, acheté les premières montres alors que la famille de mon mari a été méprisante. Quelle idée de faire une chose pareille à cinquante ans, et si tu fais faillite, cela salira sur notre nom ! Cela m’a beaucoup peiné.
La date du lancement de la société, vous vous en souvenez ? Qu'avez vous ressenti ?
Je me souviens très bien du jour où la marque a été acceptée, cela fût une grande joie car le nom DELANCE me plaisait beaucoup et me relie à mes ancêtres paternels.
Je me souviens aussi du premier article paru à ce sujet. Ce fût bizarre de voir mon portrait dans un magazine.
Combien de personnes travaillent avec vous ?
Dans l’entreprise même, nous sommes quatre personnes. Je travaille avec un réseau d’une trentaine de personnes et d’une dizaine d’entreprises que je considère comme des partenaires. Nous fonctionnons à la manière traditionnelle de l’horlogerie, en réseau.
Qui sont vos clientes/clients ?
En premier lieu, les femmes qui recherchent une montre différente et qui sont touchées par le design et la signification symbolique. Ces femmes ont entre 35 et 60 ans, bien que de très jeunes femmes ainsi que leurs grand-mères en ont aussi.
Mais aussi les hommes qui les aiment et qui désirent leur offrir une montre à leur mesure qui soit un symbole d’amour et de complicité.
Quelle est la montre la plus demandée ?
La « Star of the day cascade » en acier avec un cadran bleu ou en or avec un cadran en nacre blanche.
Quelle est votre montre coup de coeur ?
Actuellement; je porte sans cesse la « Lumière d’or » que j’ai créée spécialement pour me guider vers la lumière. Après certaines épreuves, il me fallait éclairer mon cœur d’une lumière divine. Elle est en or avec un bracelet cascade et la boucle de l’infini est soulignée par des diamants jonquille.
Qu'est ce qui vous passionne le plus dans cette activité ?
L’acte créateur en premier lieu et lorsque je propose une personnalisation et que je vois briller les yeux des personnes. C’est chaque fois une rencontre, une création collective, une communion.
Votre entreprise vous a-t-elle ouvert de nouveaux horizons ou changé votre vie ?
Elle m’a découverte à moi-même, bien que je soupçonnais que j’étais capable de faire tout cela, je ne pouvais en être sûre que la tâche accomplie.
Je voyage seule dans le monde entier, d’expositions en conférences. Il m’est arrivé de parler devant plus de mille personnes dans une autre langue que la mienne. Je suis demandé à la télévision, à la radio, par la presse et tout cela en français, allemand et anglais. Quel chemin parcouru de l’employée très active travaillant dans l’ombre, à la présidente.
Comment parvenez vous à concilier vie pro, associative et vie de famille ?
Mon entreprise est dans la maison ou je vis, la famille de mon fils aussi et mes petits enfants passent vers moi tous les jours. Je peux rendre visite à ma fille qui est au Canada chaque fois que je suis sur le continent américain. Quand à ma vie associative elle se superpose à mes activités de relations publiques pour Delance.
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
J’admire les femmes en général car elles sont belles, courageuses, aimantes et généreuses. Depuis mon enfance, je me passionne pour les vies de femmes, de Cléopatre à Aléonore d’Aquitaine pour arriver à Ségolène Royal et c’est pour célébrer tant de grâce que j’ai créé la Delance.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Parfois ma petite fille quand elle fait des caprices ou ma mère quand elle fait la petite vieille mais je les aime tellement que je leur pardonne aussitôt.
Quelle serait votre premiere mesure si vous étiez présidente ?
J’imposerais des quotas de femmes dans les conseils d’administrations et dans toutes les instances décisionnelles. Elles donneraient à tous les aspects de la vie une couleur plus vivante et plus aimante et contribueraient à changer le monde pour le bien de tous.
Quelle est votre devise ?
Fais ce qui est bon pour toi, c’est ce que tu peux faire de mieux pour ceux qui t’aiment.
Appartenez vous à des reseaux / associations ?
Oui à plusieurs et je trouve important de le faire.
Je fait partie du BPW, du Zonta, du CFE (club des femmes entrepreneurs) affilié au FCEM, WIN, Mission Europa, Club des dirigeants d'entreprise de Genève,
NEFU Switzerland, Rezonance, FRAC, PACTE, Chambre du commerce Bienne, etc principalement en suisse, ainsi que du RFAQ (réseau des femmes d'affaires du québec) et bien d'autres dont je suis membre d'honneur.
Je suis le plus active possible en tant que sponsor (en offrant une montre de temps à autre), en donnant des conférences sur la création d'entreprise ou de produit pour les femmes, en faisant partie du comité.
Quels conseils avez vous a donner aux lectrices d'Interdit aux Hommes ?
Soyez tout ce que vous pouvez être, développez vos talents, apprenez tout ce que vous pouvez apprendre, vivez tout ce que vous pouvez vivre, aimez-vous plus que tout et surtout riez, riez, riez…
La vie passe très vite, il ne faut pas en perdre une goutte…
Rédigé par admin le 5 Octobre, 2007 - 18:04








