Léa fazer, réalisatrice de Bienvenue en Suisse, a mis en scène un film sur les relations de pouvoir homme/femme en entreprise, et en l'occurrence dans un cabinet d'avocat. Notre Univers Impitoyable est d'une justesse incroyable sur le couple, l'entreprise, la legitimité des femmes dans les spheres du pouvoir, la maternité.. Sortie en salle le 13 février. Action !
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
Rien ! J’étais perdue.
Mes parents attendaient que je sois avocate ou médecin.
Après 3 mois de droit, j’ai fait une dépression nerveuse.
En fait, je voulais depuis toujours réaliser, mais je ne pouvais pas le formuler pour 2 raisons :
- parce que j’ai vécu dans un milieu où ça ne pouvait pas se dire
- parce que j’étais une femme.
Je dois mon entrée dans la réalisation à un gros coup de chance.
Pourquoi ce film sonne-t-il aussi juste ? Où êtes vous allée chercher toutes ces répliques ?
J’ai travaillé avec tous les clichés que l’on attend. On aimerait bien que ce ne soit plus comme cela, mais ça l’est !
Moi, j’ai grandi avec ces clichés. Et j’ai beaucoup puisé dans mon vécu.
J’ai grandi en Suisse, pays où les femmes ont eu le droit de vote en 1971 !
Mon père est italien. Porteur, héritier d’une civilisation très sexiste. Il en est à la fois conscient et gêné. Il m’a toujours dit : « ne te marie jamais avec quelqu’un né en dessous des Alpes ! »
Ma grand-mère, née en 1903, a arrêté de travailler parce que mon grand père lui a demandé.
Elle en a gardé une aigreur toute sa vie. Au seuil de sa mort, elle m’a dit « un métier, un métier ! L’indépendance économique avant tout !»
A 8 ans, je contestais mon institutrice en cours de grammaire : « Pourquoi c’est le masculin qui l’emporte ? ». Elle me répondait : « C’est comme ça ! » Depuis, j’ai toujours été mauvaise en orthographe !
J’ai aussi fait du théâtre subventionné. Et ce milieu est particulièrement dur pour une femme.
Ce n’est même plus un plafond de verre au dessus de nos têtes, c’est du béton !
Où sont les femmes qui dirigent des théâtres nationaux ?
Où sont les femmes metteurEs en scène ?
Dans une troupe de théâtre, la personne la plus importante, c’est celle qui a le plus grand rôle.
Le théâtre subventionné a un répertoire classique, où les rôles joués par les femmes sont souvent ridicules. C’est un milieu d’hommes que je n’ai jamais supporté.
A 25 ans, j’ai eu la volonté de faire de la mise en scène. Une jeune femme, dans ce milieu, avec cette ambition là : on m’a prise pour une gourde !
Puis j’ai eu des vies de couples avec des compagnons qui ne savaient même pas cuisiner, ni repasser. Je me suis retrouvée à faire des choses que je pensais ne plus jamais faire.
Quand j’ai réalisé mon premier film, tout le monde a dit : « elle a couché ! »
En 10 ans, la société s’est métamorphosée. En tout cas, dans le milieu du cinéma, des femmes ont rapporté de l’argent à leur producteur. Et maintenant, on fait des films de femmes pour les femmes.
30-35 ans, c’est la période critique pour les femmes. Avant, elles ne se rendent compte de rien. C’est aussi ce que vous avez constaté ?
Oui, exactement ! Et c’est d’ailleurs la position de mes personnages : tout va bien se passer. C’est la position des trentenaires.
A 40 ans, plus aucune ne dit cela !
Mais on m’a accusée de faire un scenario misogyne.
Aujourd’hui, quand on dit d’une femme qu’elle est féministe, on l’insulte. La sœur de Margot l’est ouvertement, et à chacune de ses répliques, on rit.
C’est quoi, pour vous, le féminisme aujourd’hui ?
Mon féminisme est radical et violent. Je suis révoltée en permanence.
Quand je vois, à la télé, comment des femmes se font traiter dans certains pays, je pleure.
Je crois que les femmes de mon entourage m’ont transmis leur rage. Il ne se passe pas un jour sans que quelque chose me blesse.
Mais quand on est frontale, ca ne marche pas. On braque les gens.
Pour être efficace, il ne faut pas montrer que c’est pénible d’être une femme. Il faut inverser. A l’extrême, il faut montrer un garage tenu que par des femmes avec des posters d’hommes nus sur les murs.
Chaque mot est vrai, juste. Tellement vrai que c’est absurde d’avoir à le dire. Mais la seule façon de transmettre des messages, c’est de faire rire les gens. Dire de grandes choses, sur un ton ridicule. A la Woody Allen.
Les règlements de compte pèsent tellement sur tout le monde. Ma grand mère s’est trop vengée sur son mari, quand elle a pu le faire. Elle a élevé ses enfants d’une certaine façon .
Les femmes doivent-elles épouser les codes masculins pour évoluer dans l’entreprise ?
Je ne crois pas qu’il y ait de codes masculins. Je crois qu’il y a simplement un code de la réussite.
Margot reste très féminine. C’est l’image pour vous de la femme qui réussit ?
J’ai choisi un milieu, celui d’un cabinet d’avocat, où la représentation est importante.
Mais en même temps, les avocates d’affaires qui réussissent, ce sont des bombes. Cette sophistication exacerbée lors de la réussite m’a intriguée. Est ce que les femmes veulent se faire pardonner et jouer la carte de l’ultra féminité ?
En tout cas, Margaux est moins féminine quand elle ne réussit pas.
Selon vous, les femmes ne se sentent pas légitimes dans l’exercice du pouvoir ?
Il y a une phrase qui m’a faite bondir il y a 15 ans. Je regardais Anne Lauvergeon a la télé : « Les obstacles à la carrière des femmes sont avant tout intérieurs !».
Quand une femme réussit, on se demande toujours si elle a couché. Difficile de ressentir de la légitimité dans ces circonstances.
Dans votre scénario, on aboutit à l’éclatement du couple.
Finalement, le message est il : le monde de l’entreprise n’est pas assez humain ?
J’ai choisi un couple venant d’un milieu modeste, avec le désir de se hausser. Ils sont impressionnés par ce qui leur arrive. C’est leur première belle voiture de leur vie. Les problèmes hommes/femmes se mélangent aux problèmes sociaux.
Leur réussite les amène à ne plus faire équipe avec leur conjoint mais avec l’entreprise.
Pour moi, la seule équipe solide, c’est le conjoint. Et le problème de l’entreprise, c’est qu’elle ne prend pas en compte les enfants ! Les gens sont confrontés à organiser le « parkage » de leurs enfants !
Le travail reste-t-il la libération de la femme ? Mais qui va garder les enfants ?
Oui ! Mais j’appartiens encore à une génération de femmes où il y a un prix à payer.
Au moins, les femmes ont le droit de demander à rentrer plus tôt pour les enfants. Mais le monde de l’entreprise, il faut l’admettre, ne donne pas de place aux mères.
Quand Margot est promue, elle prend un secrétaire homme. La parité : c’est quand il y aura autant de femmes que d’hommes aux places de pouvoir et autant d’hommes que de femmes secrétaires ?
Mais les hommes sont prêts à être assistants ! Les hommes jeunes ont fait beaucoup de chemin par rapport à çela.
L’essentiels des problèmes viennent des hommes qui ont aujourd’hui 65 ans. Avec ceux de ma génération, ça va mieux. Et avec ceux à venir, tout va bien. J’ai beaucoup d’espoir !
Que ce soit Margot qui lève le pied ou Victor, le couple éclate. Quelle est votre troisième voie ?
La troisième voie, c’est bien s ‘entourer, ne pas faire de choix idiots. Faire attention aux requins. Faire tomber cette vision du pouvoir où les femmes n’ont rien à gagner car elles ne sont pas inscrites dans la filiation.
Margot et Victor se séparent car ils ont oublié qu’ils étaient une équipe. Ils ont pensé, tous les 2, qu’il y avait un autre monde plus fantasmant, plus sexy que ce qu’il se passait entre eux.
Qu’avez vous à conseiller aux lectrices d’IAH ?
Nous, en France, en Europe, ça va . Pensez aux femmes du monde entier.
Tant qu’il y aura des traitements inhumains, je n’arriverai pas à être tranquille.
Rédigé par admin le 8 Février, 2008 - 02:27









