Florence d'Azémar, auteurE de la pièce Confidences

Paru dans Artistes February 2008

Florence d’Azémar, 36 ans, comédienne, est aussi l’auteurE de l’excellente pièce qui se joue en ce moment au théatre des Mathurins : Confidences.

Les dialogues sont vrais, le jeu est absolument exceptionnel. Et pourtant, de l’ écriture à la scène, quel parcours de la combattantE pour monter ce projet !

Interview d’une femme qui nous livre, sans fard, les doutes, les craintes, les difficultés, et… toutes les joies de la vie d’artiste.

Quel métier rêviez vous de faire enfant ?

Je ne savais pas exactement. Ayant grandi au Pays-Basque, mon grand-père étant exploitant agricole, j'ai passé beaucoup de temps dans les fermes, les champs...petite, c'est sûr, agricultrice. J'aimais le grand air.

Puis adolescente, je voulais être journaliste ou actrice mais comme un rêve, parce qu’il n’y avait aucun artiste dans la famille. C'était un monde totalement inconnu même si je jouais, depuis l'âge de 12 ans dans le club-théâtre du collège.

En tous les cas, je voulais aller à Paris. Et d'ailleurs j'y suis allée, après mon bac, pour continuer mes études, fac d'histoire et le soir, les cours Florent.

 

Qu'est ce qui, dans vos études, vous a donné les clés pour réussir ?

J'ai toujours voulu acquérir mon autonomie. Mon père rentrait parfois dans des colères noires, disant à ma mère : "c'est moi qui gagne de l'argent..."

Et même si ma mère avait fait des études et pour cause de nombreux voyages et des enfants, elle n'a jamais travaillé. Alors il était très clair dans ma tête qu’il fallait apprendre. Mais j'ai eu de la chance aussi parce que ça n'a jamais été trop difficile pour moi l'école. J'étais curieuse, ça plaisait aux profs qui m'encourageaient souvent.

 

L’idée de vous lancer dans une carrière artistique vous est venue quand ?

A Paris, la fac a été horrible pour moi. J'étais à la Sorbonne, à Tolbiac et je me sentais perdue dans ces locaux. Je n’arrivais pas à me faire des amis. La seule, une américaine aussi perdue que moi...alors qu’au cours Florent, je connaissais tout le monde, que l'ambiance était chaleureuse...Puis, bon je sentais un truc…

J'ai arrêté la fac, décision difficile. J'avais un peu peur de me lancer dans le vide, sans diplômes...mais j'y croyais, je me disais que je m'en sortirai...d'ailleurs j'ai repris mes études à 30 ans...quand même envie d'avoir un diplôme...on ne se change pas.

Quelle a été la rencontre déterminante dans votre parcours professionnel ?

La première, c'est Roger Planchon, metteur en scène de théâtre, un grand Monsieur. J'ai été engagée alors que j'étais encore en cours, à 21 ans.

Philippe Chamaux, avec qui j'ai monté une compagnie, avec qui j'ai beaucoup joué de spectacle. Son regard m'a souvent encouragé.

Enfin déterminante...des regards, voilà...

L’écriture…pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?

L'écriture est arrivé dans ma vie lentement. J'ai commencé à écrire un spectacle de café-théâtre, puis j'ai travaillé sur NRJ où je devais écrire et interpréter des personnages drôles...puis j'ai travaillé sur Pinktv où je devais écrire aussi mes chroniques...j'ai réalisé que j'arrivais à écrire...alors j'ai voulu raconter une histoire...elle était dans ma tête depuis un moment...j'ai eu un accident de moto, double fracture. A ce moment là, j'étais en maîtrise à la fac et ma prof m'a carrément dit à l'année prochaine. Je me suis retrouvée, enfermée chez moi, ne pouvant pas marcher.

Alors au bout de trois mois, ne pouvant toujours pas marcher, j'ai pris l'ordinateur et voilà tout s'est mis en place sur le papier, enfin sur word.

 



Confidences ...Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de monter votre pièce ?


Mes propres obstacles d'abord. La pièce était écrite mais elle restait sagement dans mon ordinateur. Puis bon, à qui la faire lire, comment la monter, avec qui ? Ca faisait 4 ans que je n'avais pas fait de théâtre...

De quelles aides avez vous bénéficié ?

En fait, une rencontre. Un metteur en scène, Emmanuel de Sablet, avec qui j'avais travaillé et qui s'occupait d'un petit théâtre à Montparnasse. Je suis allée voir une pièce, un copain qui jouait. Je suis tombée sur Emmanuel, je lui ai parlé de la pièce. Il l'a lu. Il voulait la monter.

Et en plus il voulait que je joue dedans.

 

Quelles ont été les réactions de vos proches et celles de votre milieu professionnel ?

Quand la pièce a été monté, l'enthousiasme était là. Enfin ma mère n'a toujours pas vu la pièce. Elle vient ce soir. Ma famille ne comprend pas très bien ce que je fais...et ma mère me dit toujours "il faut raison garder". Ce qui est parfois un peu plombant. J'aimerai être plus enthousiaste parfois.

Quels ont été les commentaires qui vous ont le plus encouragée ?

Je crois que c'est sur l'écriture. Parce que jouer, comment dire, quand je joue,..je me sens à ma place et surtout sur une scène de théâtre, parce que j'ai joué beaucoup de spectacle. Quand on me dit, que des auteurs me disent que ce texte tient la route, ça me donne de la force.

En fait, c'est aussi les spectateurs. Quand je les écoute, ça m'encourage.

Ceux qui vous ont le plus blessée ?

Quand on est pas très sûr de soi...comme moi...tout à tendance à vous destabiliser facilement. Et au final à prendre votre projet. Cette aventure m'a appris beaucoup. Que j'étais capable de soulever des montagnes et de gérer les susceptibilités. Mais je me suis sentie seule parfois. Vraiment seule.

 

Qu’est ce qui vous passionne le plus dans cette aventure ?

Je suis contente de l'avoir mené à terme, déjà ! J'ai rencontré des gens formidables, mes producteurs :). Au-delà de cette pièce, c'est aussi la rencontre, j'espère avec le public et tous les gens autour qui m'ont aidée.

Qu’est ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez vous ?

Jouer mon texte. Parfois c'est dur. Enfin maintenant, j'arrive à m'en détacher. Et n'être qu'une actrice !

Et les contraintes multiples, personne n'est aussi motivé que moi, il faut l'accepter mais ne rien lâcher, jamais.

Quels sont vos objectifs pour 2008 ?

Continuer à écrire. Jouer.

Comment parvenez vous à concilier vie pro et vie de famille ?

N’ayant pas d¹enfants et un chien...je gère bien. Mais pas toujours évident de changer de place pour le partenaire quand j’ai beaucoup de boulot...

A quoi ressemblent vos journées ?

J’essaye d’être assez  active. Dépend du travail. Phases intenses et phases...plus contemplatives...

Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?

Toutes celles qui prennent la parole pour les autres femmes.

Celle qui vous tape sur les nerfs ?

Celles pour qui le féminisme est une connerie.

Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?

Changer les livres d’histoire, y mettre du féminin.

Quelle est votre devise ?

Un jour peut-être...

Appartenez vous à des réseaux/associations, féminines ou pas ?

Non. Plus maintenant.

Quels bénéfices en avez vous retiré ?

Des rencontres extraordinaires. Que l’union fait la force. Du soutien.

Quels conseils avez vous à donner aux lectrices d’Interdit aux Hommes ?

Que rien n’est interdit aux hommes...

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